La bataille de l'information
LE MONDE | 21.09.06 | 14h53  •  Mis à jour le 21.09.06 | 14h53
OAXACA (MEXIQUE) ENVOYÉE SPÉCIALE

ucune plaque ne signale le siège du quotidien Noticias ("nouvelles"), à Oaxaca. Et pour cause : les locaux du journal sont occupés depuis plus d'un an, la rédaction a dû changer deux fois d'adresse et se contenter de bureaux toujours plus exigus. Devant la fenêtre, une pyramide de papier est censée prévenir une agression à main armée.

"En trente ans d'existence, nous avons eu un conflit avec presque tous les gouverneurs, explique le directeur, Ismaël Sanmartin. Mais jamais autant qu'avec Ulises Ruiz." Furieux que le journal ait appuyé la candidature de ses rivaux, puis mis en doute la régularité de son élection en 2004, le nouveau maître d'Oaxaca a envoyé les forces de l'ordre tabasser les journalistes. Puis, pendant un mois, trente et une personnes ont dû dormir, manger, se laver à côté de leurs ordinateurs, assiégées par la police et un leader syndical à la solde du gouverneur, malgré les protestations d'Amnesty International et de la Commission mexicaine des droits de l'homme.

"Nous avons toujours réussi à mettre en vente le journal, dit M. Sanmartin, même s'il fallait l'imprimer à 230 km d'ici et le livrer avec seulement deux camionnettes. Les gens le photocopiaient." Aujourd'hui, Noticias est le journal le plus demandé d'Oaxaca, avec une diffusion de 37 000 à 40 000 exemplaires. Ses ventes - ainsi que les publicités payées par de grandes firmes nationales - compensent la défection des annonceurs locaux, sur lesquels les autorités ont fait pression.

Ses concurrents, tel L'Imparcial, se sont rangés dans le camp adverse. Le gouverneur Ruiz peut aussi compter sur de grands médias nationaux : les chaînes de télévision Televisa et TV Azteca, les quotidiens Reforma et Milenio, dont le patron est un de ses intimes.

Pour résister sur le front de l'information, où elle n'est guère appuyée au niveau national que par le quotidien de gauche La Jornada, surtout diffusé à Mexico, l'Assemblée populaire du peuple d'Oaxaca a réquisitionné cinq stations de radio de l'Etat, qui émettent jusqu'à vingt-deux heures par jour sous les noms de Radio Casserole, Radio Piquet de grève ou encore La loi du peuple d'Oaxaca.


Joëlle Stolz
Article paru dans l'édition du 22.09.06